Si vous lisez régulièrement le Financial Times ou Les Echos, vous aurez sans doute l'impression que la finance n'a jamais été aussi active, aussi créative qu'aujourd'hui. Chaque jour, Wall Street et les banques d'affaires apportent leur lot de nouveaux instruments financiers, nouveaux produits structurés etc... Robert C. Merton, Prix Nobel d'économie et Professeur à Harvard, y voit le déroulement vertueux d'une spirale d'innovations financières qui contribue à "compléter" les marchés là où ils font "cruellement" défaut. Il faut ajouter à cette effervescence praticienneles apports nombreux de la théorie financière à laquelle Robert C. Merton a beaucoup contribué.
Toutefois, il serait hâtif et erroné de conclure que la finance de nos temps modernes a seule l'apanage de la modernité et de la créativité. Quiconque s'intéresse à la pratique financière des temps anciens ne peut manquer d'être émerveillé par l'ingéniosité avec laquelle les acteurs de l'époque dessinaient les transactions et des contrats financiers nécessaires au commerce. Le financier et l"économiste ont tout à gagner d'une telle visite attentive: les temps anciens sont précisément ceux qui correspondent sans doute le meiux à ce qu'ils appellent "marchés imparfaits". On imagine aisément, sans pour autant être un historien qualifié, combien au Moyen-Age par exemple il était difficile de se procurer une information fiable, combien les coûts de transaction de toute sorte (transport, taxes, etc...) et les risques de toute nature pouvaient gêner les commerçants dans leur expansion.
Pourtant, force est de constater que les chercheurs en finance ne sont pas très curieux de l'histoire. Il est tout aussi vrai que rares sont les historiens qui intègrent dans leurs investigations les enseignements de la finance moderne. Tous auraient à y gagner!
C'est ce que nous tentons de montrer dans un papier de recherche récent, Didier Joos de ter Beerst et moi-même. Ce papier (disponible dans sa version française ici) étudie un contrat passé en 1298 entre un célèbre marchand génois, Benedetto Zaccaria, et deux financiers génois eux-aussi, Enrico Suppa et Baliano Grillo. Ce contrat est un véritable tour de force. Ce contrat nous a passionné et sa lecture, à l'aune de l'histoire, de l'économie et de la finance, réserve quelques belles surprises. En particulier, le lecteur pourra constater combien les options, réelles ou financières, sont omniprésentes. Elles constituent la colonne vertébrale du contrat et lui permettent de remplir les nombreuses fonctions dont les parties de l'époque avaient clairement besoin. Ces fonctions rappellent l'approche fonctionnelle de Robert K. Merton, sociologue et père de Robert C. Merton (qui a contribué à popularisé l'approche de son père en finance.)
Cet article a été présenté à plusieurs congrès dont la toute récente conférence "International Economic History" à Helsinki en août dernier.
merci d'avoir publié ce document en ligne, ca m'occuppera très prochainement, je crois. de quoi se cultiver un peu.
Posted by: La Belle Equipe | 10/03/2006 at 05:11 PM