De la bibliothèque euclidienne à la bibliothèque numérique...
Qu’aurait répondu Saint-Exupéry si le Petit Prince lui avait demandé:
Un mouton n’est pas facile à dessiner, alors une bibliothèque... Sur l’astéroïde B612 du Petit Prince à quoi les bibliothèques ressemblent-elles ? Y trouve-t-on des livres sagement alignés sur des étagères rectilignes comme sur la Terre? Les livres y sont-ils méthodiquement classés et rangés ? Cette question qu’aurait pu poser le Petit Prince à Saint-Exupéry est loin d’être candide. Une bibliothèque nous dit quelque chose sur nous-même. Elle nous invente tout comme nous l’inventons.
L’essayiste argentin Alberto Manguel a consacré tout un livre à cette étrange alchimie intitulé « La bibliothèque, la Nuit ». Le titre est quelque peu surprenant. Néanmoins, dans l’esprit de Manguel, la nuit est inséparable de la bibliothèque. Comme il le dit en réponse à la question d’un journaliste qui s’étonnait de cette association:
« Parce chaque nuit, ma bibliothèque me dit une nouvelle chose de moi-même. Le jour, l’ordre y est plus visible, c’est un labyrinthe de lignes droites où l’on n’est pas censé se perdre, mais trouver. De même qu’il est plus facile de faire l’amour la nuit, il est plus aisé de réfléchir dans une bibliothèque la nuit. Les bruits y sont étouffés, les pensées plus sonores. Je me sens moins tenu de respecter les ordres visibles pour réimaginer le monde.... Libérés des contraintes quotidiennes, mes yeux et mes mains se promènent entre les rangées bien ordonnées et recréent le chaos. Un livre en appelle un autre inopinément... »
Alors, que dessiner, une bibliothèque le jour ou une bibliothèque la nuit ? Qu’elle est celle qui m’en apprendra le plus sur elle et sur moi ? Les questions ne s’arrêtent pas là. Elles auraient même tendance à se compliquer à l’ère du numérique. Les bibliothèques « physiques » ne sont plus seules à contenir nos livres. Nos livres se sont progressivement dématérialisés et ont trouvé au sein des bibliothèques numériques un nouvel habitat.Une bibliothèque numérique ne peut être embrassée d’un seul regard par ces capteurs que sont nos yeux. L’impuissance de nos yeux à restituer la bibliothèque numérique alors qu’ils nous permettent de saisir la bibliothèque physique est un aveu qui mérite qu’on s’y arrête, qu’on en « mesure » les implications. C’est précisément le propos de cet article qui se veut une invitation à une promenade un peu particulière, une promenade géométrique. Pourquoi géométrique ?
Parce que dessiner, comme le Petit Prince le demande au pilote perdu, c’est faire de la géométrie. Il s’agit de représenter dans le plan qu’est la feuille de papier une figure donnée. Déambuler le long des rayonnages d’une bibliothèque municipale, c’est aussi faire de la géométrie. Nos yeux balaient ces lignes droites et parallèles que sont les étagères. Classer les livres sur des étagères, c’est encore faire de la géométrie. Cela implique de placer dans un ordre pré-établi des livres à angle droit avec les planches destinées à les accueillir. Mieux encore, recommander des livres à un lecteur dont on connaît les goûts, c’est toujours faire de la géométrie. Mais, là, cela se complique et mérite quelques explications supplémentaires.
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Dans Cyberlibris, l'étagère est non seulement un moyen de rangement commode mais aussi un outil pédagogique. Cet outil permet aux enseignants de baliser leur enseignement en invitant les étudiants à consulter des lectures additionnelles qui leur donneront les réelles saveurs et couleurs des thèmes abordés. 